janvier

C’est contre lui-même que Sylvain Creuzevault a entrepris, il y a quelques années, de monter tout Dostoïevski. Ou, en tout cas, contre une tradition socialiste dont il avait théâtralisé les fondements dans ses pièces précédentes (Notre terreur, Le Capital et son singe), et dont le romancier russe fut un impitoyable adversaire. Dans quel but ? Faire un tour du côté de l’ennemi ? Lui jouer un sale tour ? Quoi qu’il en soit, on retraverse ici les sources sombres de toute construction sociale, on touche au nœud de croyances et de faux-semblants qui les hantent, à la croisée des Lumières et de la Foi. Car Dostoïevski fut, dans ces œuvres, un grand joueur. Avec ses Karamazov et son Grand Inquisiteur, c’est à un terrible carnaval politique qu’il nous invite, entre grande pensée et grand guignol, prenant lui aussi le risque, dans un sourire, de jouer contre lui-même.

Theatre13vents-Saison2122-2201