octobre

Le Théâtre du Radeau, depuis plus de trente ans, tient son cap, déplace le bois de ses châssis au milieu des textes fondateurs, encombre la circulation commode des signes, et laisse toujours, par la grâce d’un infime décalage, une brèche ouverte : ici c’est un clown qui s’attarde, un cadre à la main, là un poème millénaire qui trébuche dans la matière. On se dirait dans un grenier, une brocante de l’occident transportée en haute-mer, et l’on se souvient alors que les théâtres sont du même bois que les bateaux : agités par le temps, ils demandent à ses habitants autant de délicatesse que de netteté, autant d’humour que d’obstination, un goût certain des seuils et des ivresses, une reconnaissance de la maladresse et, au fond, le sentiment d’un infini vécu à l’échelle de l’histoire humaine.

octobre 2020