Les grandes ruptures
Olivier Neveux
Olivier Neveux, chercheur au sein de l’Ensemble Associé, professeur d’Histoire et d’Esthétique du Théâtre à l’ENS de Lyon, propose un séminaire mensuel.
Le monde va son cours et c’est terrifiant. L’art théâtral quoi qu’il proclame suit le sien et ce n’en est pas moins inquiétant. Il n’y a aucune fatalité. Dès lors, pour cette nouvelle année de séminaire, la proposition est d’explorer ce qu’il en a été, dans son histoire, lointaine ou proche, de ses refus. Comment le théâtre a dit non, et à qui ? Et à quoi ? Désir de suivre la lignée discontinue d’un théâtre qui n’a pas cédé, ne s’est pas rallié à l’impératif de se réconcilier avec la société. Qui ne s’accommode pas de ce qui lui est assigné. Une recherche à proximité de ce qui est devenu, désormais, un gros mot : « avant-garde ».
montage d'extraits du film
"Allemagne année zéro"
Roberto Rossellini
montage réalisé par Matthias Langhoff, texte lu par Frédérique Loliée
En 1947, le réalisateur italien Roberto Rossellini tourna dans Berlin en ruines, tel un documentariste, avec des acteurs amateurs allemands, dans les lieux les plus divers de la ville en ruines, avec ses habitants luttant pour leur survie, l’histoire de la vie et de la mort du garçon de huit ans Edmund Köhler. La même année, les antifascistes Renate et Wolfgang Langhoff reviennent d’exil en Suisse pour s’installer en Allemagne. Avec eux, leur fils Matthias, âgé de sept ans, qui, lors de ses escapades à travers Berlin divisée en quatre zones, a découvert ce que la guerre – gagnée ou perdue – fait aux hommes et des hommes : les ruines sont des terrains de jeux pour des jeux cruels, jusqu’à ce que la faim sape les forces nécessaires pour continuer à jouer ou à vivre. Les images muettes de la ville de Gaza bombardée ont réveillé chez Matthias Langhoff le souvenir de son enfance dans l’Allemagne d’après-guerre. Il a assemblé des images tirées du film Allemagne année zéro de Rossellini avec des documents d’époque provenant de ses archives et les a associées à une histoire qu’il a écrite en 1994 sur la guerre de Troie, lue par l’actrice Frédérique Loliée.
Louisa Yousfi
Louisa Yousfi est journaliste et critique littéraire. Elle est l’autrice de Rester barbare (La fabrique éditions, 2022), ouvrage dans lequel elle s’empare du motif de « la barbarie » emprunté à l’écrivain algérien Kateb Yacine pour proposer un récit à la fois politique et littéraire de ce (re)devenir barbare des Noirs et des Arabes de France. Elle a plus récemment publié Chant pour des armes splendides dans l’ouvrage collectif Contre la littérature politique, Pierre Alferi, Nathalie Quintane, Leslie Kaplan, Tanguy Viel, Antoine Volodine, Louisa Yousfi, La fabrique éditions, 2024).
bar et restauration à petit prix
montage d'extraits du film
"Allemagne année zéro"
Société de production : Tevere Film
projection suivie d’un temps d’échange avec Matthias Langhoff et Frédérique Loliée