Décris-Ravage

Le sous-titre de la pièce, « Théâtre documentaire sur la question de Palestine », dit son sujet : la Palestine comme nœud politique centenaire. Le titre, lui, dit l’ambivalence de l’opération : s’agit-il de décrire un ravage ? S’agit-il, en décrivant, de ravager nos représentations ? Les simili-conférences commencent, émaillées de chorégraphies politiques, de schémas humains, de projections imaginaires, de traductions littéraires, de jeux sémantiques. Elles se déplient en six épisodes, allant des guerres de Bonaparte en Égypte (1788) à la création de l’État d’Israël (1948).

Adeline Rosenstein

Le rapport de force est entièrement en ma défaveur, gens de théâtre. Aujourd’hui, la survie dans le système de l’art est déjà considérée en soi par certains comme de la résistance. Parmi les personnes les plus réfractaires autour de moi, les plus radicalement individualistes, artistiquement irrécupérables, celles qui ne se laisseraient normalement jamais embrigader ni corrompre par des ennemis politiques, la plupart ont appris à se débrouiller, ruser et minauder en société. Moi-même, il semblerait que je me sois momentanément mise à l’abri de la galère totale des dernières années. (Je ne suis pas sûre que cela dure mais momentanément une institution bruxelloise soutient mon projet). Placée dans une position de grande tolérance structurelle avec un système que je réprouve, je suis devenue d’autant plus intolérante vis-à-vis de groupes ou d’artistes qui à travers le théâtre documentaire s’auto-congratulent de ne pas se laisser faire, alors qu’ils ne font que passer du temps fictionnel en compagnie de gens très courageux déjà morts, pour ne plus avoir besoin de vivre plus courageusement eux-mêmes, se vautrer dans les très graves blessures des autres « je ne suis bien au chaud que dans le sang » pour n’en soigner aucune « je ne suis pas là pour ça » et énumérer des ressemblances entre passé et présent juste pour échapper au présent. Mon travail cherche par tous les moyens à échapper à ces tendances qui caractérisent sûrement ma propre pratique d’avant, devenue insatisfaisante.

Adeline Rosenstein

textes écrits ou recueillis et mis en scène par Adeline Rosenstein
avec : Olindo Bolzan, Léa Drouet, Céline Ohrel ou Thibaut Wenger, Isabelle Nouzha, Adeline Rosenstein
espace : Yvonne Harder
lumières : Arie van Égmond
création sonore : Andrea Neumann
regards scientifiques : Jean-Michel Chaumont, Henry Laurens, Julia Strutz, Tania Zittoun
dessin : Alex Baladi
photos : Hichem Dahes, Mathilde Delahaye

Décris-Ravage d’Adeline Rosenstein et Alex Baladi (tome 1,2,3) est publié
en bande dessinée aux éditions Atrabile

production : Little Big Horn
partenaires : Festival Echtzeitmusik (Berlin) ; Ausland (Berlin) ; Festival Premiers-Actes (Husseren-Wesserling) ; Théâtre Océan Nord (Bruxelles) ; Centre de culture ABC (La Chaux-de-Fonds), Centre culturel André Malraux-scène nationale (Vandoeuvre-lès-Nancy) : Théâtre de la Balsamine (Bruxelles)
soutiens : Bourse du soutien aux lettres du WBT/D 2013 ; Bourse Odyssée pour la traduction 2013 ; Comité Mixte Chartreuse de Villeneuve lez Avignon / Fédération Wallonie Bruxelles 2013 ; Fédération Wallonie-Bruxelles — Service Théâtre ; Cocof ; WBI