Ateliers de jeu

Laboratoire des acteur·rice·s

Ce laboratoire est un espace de recherche et de formation proposé aux acteur·ice·s professionnel·le·s par les artistes de la Troupe Associée. Partant de la pratique de l’acteur et de l’actrice, ces ateliers et stages de jeu constituent un parcours de recherche et de partage sur l’ensemble de la saison.

 

Ateliers de jeu

D’une durée de trois jours, ces ateliers sont confiés à des acteur·ice·s, artistes invité·e·s ou en résidence qui mettent en partage leur pratique de jeu.

ateliers coordonnés par Conchita Paz (Troupe Associée)
participation : 100 € par atelier, sur inscription
Pour obtenir plus de renseignements et s’inscrire aux ateliers  : Béatrice Dumoulin, 04 67 99 25 05, beatricedumoulin@13vents.fr

 

les 22, 23 et 24 janv de 10 h à 17 h, dirigé par Éric Didry

 

ATELIER RÉCIT

« Il y a dans le vécu quelque chose d’immense, qui demande à être questionné sans cesse », écrit Annie Ernaux dans Le vrai lieu. Que fait-on de nos expériences passées ? Est-ce qu’on les considère ? Quelle est mon expérience du mensonge ? De la joie ? De la peur ? De la première fois ? A l’origine de ce travail, où je demande aux acteur·trices de se laisser traverser à nouveau par des événements qui leur sont arrivés, il y a le désir de renouer avec la force des récits. J’ai toujours été intéressé à la fois par la manière de raconter et par la place donnée à ceux·celles qui écoutent les récits.
J’ai cherché à développer une manière de raconter, liée au théâtre. Je m’appuie sur un mode d’écriture qui passe par l’improvisation. Avec le présent de la parole – qui s’invente sur le moment -, le récit se constitue devant nous, l’histoire est en train de se produire. Il n’y a pas simplement ce qui est arrivé mais ausi ce que l’acteur·trice a ressenti, pensé, imaginé. Toutes les dimensions de la mémoire sont convoquées. Dans cette forme de récit, on est comme à l’intérieur de la personne qui raconte.
L’acteur·trice n’est pas pas là pour montrer mais pour voir. Le corps retraverse physiquement les histoires, figure les situations. C’est le corps et la parole ensemble qui permettent de produire des images chez le.la spectateur·trice. Les acteur·trices se transforment au cours de leurs récits ou d’un récit à l’autre. Plusieurs âges de la vie passent sur le plateau chez une même personne.
Dans cette proposition, il ne s’agit pas de parler de soi ni de raconter sa vie. Ce qui a lieu, c’est une réappropriation et une transmission de nos expériences. C’est une affirmation de la richesse de celles-ci. Chaque récit est « une expédition vers le vrai », expression que Franz Kafka utilise à propos de l’écriture. Chaque récit est singulier par sa matière et par sa construction. Le théâtre est un formidable espace pour révéler les expériences. La diversité des histoires et des personnes crée une communauté vivante, ancrée dans son temps.
Éric Didry

 

• les 27, 28 et 29 janv de 10 h à 17 h, dirigé par Marguerite Bordat

FORME/INFORME 

Quel est ce désir de forme qui nous habite, nous obsède, nous meut ? Jusqu’où le désir de reconnaître clairement, de distinguer par catégorie, d’identifier les intentions, nous empêche d’apprécier ce qui résiste à cette évaluation ? D’où vient qu’une forme se met à nous satisfaire ?  Quelles sont les conditions à réunir pour éprouver de la satisfaction face à une forme ?  Le seuil informe-forme, où se tient-il ? Comment distinguer le passage entre les deux ? Que se passe-t-il précisément pour nous à l’endroit de ce passage ? Sommes-nous réellement calibrés pour le reconnaître ? L’informe existe-t-il ? Qu’éprouvons-nous de différent face à l’informe ? De quoi se nourrit l’intérêt pour une présence s’imposant par une absence de signes familiers ? Comment ces différentes modalités d’apparition de la matière sont-elles hiérarchisées intérieurement ?  Si cette hiérarchie existe, n’a-t-elle pas une influence sur le rapport avec l’autre, avec l’étranger, avec l’inconnu, avec les frontières quelles qu’elles soient ?
Je propose d’explorer ensemble le rapport forme/informe au travers d’expériences sensibles sur le plateau. En mettant en jeu nos corps, de l’argile à modeler, des outils tranchants et du langage parlé sur l’établi de l’expérimentation. On improvisera en modelant, en pétrissant, en polissant, creusant, raclant, entassant, sculptant, jetant, frappant, cognant, serrant, malaxant, perçant, transformant…  Des formes informes déformées difformes uniformes ou formatées… mais de façon plutôt informelle.

« Informe n’est pas seulement un adjectif ayant tel sens, mais un terme servant à déclasser, exigeant généralement que chaque chose ait sa forme. Ce qu’il désigne n’a ses droits dans aucun sens et se fait écraser partout comme une araignée ou un ver de terre. Il faudrait en effet, pour que les hommes académiques soient contents, que l’univers prenne forme. La philosophie entière n’a pas d’autre but : il s’agit de donner une redingote à ce qui est, une redingote mathématique. Par contre, affirmer que l’univers ne ressemble à rien et n’est qu’informe revient à dire que l’univers est quelque chose comme une araignée ou un crachat. » (Georges Bataille, Œuvres complètes, t. I, Paris, 1970, p. 217.)

Cet atelier est ouvert aux comédien·nes, danseur·euses, placticien·nes, scénographes, et créateurs en tout genre (son, lumière, …)

les 1er, 2 et 3 mars de 10 h à 17 h, dirigé par Rébecca Chaillon

PERFORMER L’INTIME

Utiliser notre corps comme une carte à légender, à inscrire dans un territoire plus grand encore. User de peau, de membres, de courbes, des fluides comme autant de creux et de bosses dans lesquels on randonne. C’est difficile et jouissif. S’amuser des choses qui poussent et repoussent en nous et autour de nous. Et si possible s’atteler à faire fiction politique de notre intime, et s’écrire en direct avec vulnérabilité et toute puissance. Une histoire dans l’Histoire. Peindre le monde qui nous entoure, le cartographier en s’entourer des outils que sont l’écriture, la performance et tous les savoirs que nous possédons nobles et ignobles.

Rébecca Chaillon est metteuse en scène, performeuse, autrice, membre du collectif RER Q et scorpion ascendant taureau. Elle milite comme elle respire, adore faire des débats et jouer nue. Sa famille : la compagnie Dans le Ventre. Mise en confiance par Rodrigo Garcia, elle travaille depuis 2014 des spectacles performatifs où elle est sur scène, seule, à 2 ou à 11, mais toujours là. Pour aborder les systèmes de domination à travers le football féminin comme dans Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute ou écrire un conte afrofuturiste où les femmes noires sont au centre dans Carte Noire nommée Désir, Rébecca Chaillon aime raconter les désirs, les faims, les violences et les corps avec beaucoup d’amour, d’humour, et de nourritures. Elle est artiste associée à La Manufacture de Nancy et au Pôle européen de création -campus Amiens Valenciennes. Représentée par L’Arche dans son écriture et accompagnée par L’oeil Écoute pour son travail en compagnie.