La Beauté du geste

La scène est au milieu, blanche comme une feuille. Elle coupe le public en deux parties égales. Les acteurs se préparent à entrer, à faire défiler les rôles, à coudre les silhouettes du temps, à sonder les forces en présence. Une pièce s’engage. Ils y jouent les forces de l’ordre, des CRS : exercices, gestes simples et métaphysiques de l’ordre à maintenir, jusqu’à ce que la pensée dérape. Si bien qu’un procès les attend, avec témoins et magistrats, un procès où théâtre et jugement s’exposent l’un à l’autre, un procès où les acteurs, faute de comparaître, combinent encore les apparences.

Nathalie Garraud et Olivier Saccomano

Ce qu’on fait, c’est un travail de troupe, au sens où des gens, armés des pratiques qui sont les leurs, pensent, dialoguent, travaillent ensemble au rythme de cycles de création s’étendant sur plusieurs années. Ces cycles partent d’un motif qui insiste dans nos existences, que nous percevons obscurément au fil des transformations historiques, comme une chose embarrassante dont nous ne savons pas quoi faire. Comme le Graal dans les romans de chevalerie : personne ne sait vraiment ce que c’est, sinon qu’il promet une aventure, et sûrement quelques épreuves. Alors on se met en route, ensemble mais chacun dans son champ (mise en scène, écriture, jeu, lumières, scéno…). On n’écarte pas la contradiction. Souvent, nos accords sont faits de désaccords. C’est une sorte de lutte. Entre l’idée et la matière. Et de cette lutte naissent des formes, qui jalonnent le chemin. Avant la prochaine bifurcation. Il n’empêche, ça creuse un sillon. Ça fait sortir de nouveaux poèmes, de nouvelles relations entre les acteurs et le public, entre un mot et un geste, un temps et un espace. C’est là que le théâtre peut inventer. Quand il parvient à créer entre ces éléments d’autres types de relations que celles qui règlent le scénario de l’obéissance quotidienne, alors des transformations s’opèrent pour les gens, discrètes sûrement, mais décisives.

conception : Nathalie Garraud et Olivier Saccomano
écriture : Olivier Saccomano
mise en scène : Nathalie Garraud
jeu : Mitsou Doudeau, Cédric Michel*, Florian Onnéin*, Conchita Paz*, Charly Totterwitz*
scénographie : Jeff Garraud
costumes : Sarah Leterrier
lumières : Sarah Marcotte
son : Serge Monségu
* Troupe Associée au Théâtre des 13 vents

production : Théâtre des 13 vents CDN Montpellier
coproduction : Maison de la Culture d’Amiens- Pôle Européen de production, Châteauvallon- Scène nationale, Les Scènes du Jura – Scène nationale, Les Halles de Schaerbeek – Bruxelles
avec le soutien de La Vignette – Scène conventionnée Université Paul-Valéry Montpellier III, du Bois de l’Aune – Aix-en-Provence, du T2G – CDN de Gennevilliers, des Rencontres à l’échelle- Friche la Belle de Mai- Marseille