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Où l’on verra ce qui reste d’une allégorie quand on la passe au feu de conditions extrêmes. Où se confirmera qu’asséchées ou gercées, les lèvres apprennent à mieux peser les mots. Où l’on caressera, au beau milieu du naufrage, le vieux rêve nuptial de la nature et du théâtre, jusqu’à tenir cette révélation, jaillie du poing ouvert : « Plus le théâtre est théâtral, moins la nature est naturelle ! » D’où naîtront d’étranges peintures, musicales et matérielles, bien faites pour lever les patientes pensées qui dorment en échardes sous nos épidermes.

Les Tourmentes

En Lozère, où j’ai habité quelques années, il y a ce qu’on appelle les « clochers de tourmente ». Autrefois, pendant une intempérie — lorsqu’on ne peut plus rien distinguer dans les montagnes, lorsqu’il n’y a plus d’autres repères que cet « horizon unanime » dont parle Mallarmé —, les marcheurs ou les pèlerins se mettaient à marcher en rond, suivant un cercle de diamètre pas trop important, pour ne pas perdre leurs propres traces, en attendant que sonnent les clochers de tourmente qui étaient disposés dans chaque hameau, pour se reconduire. « Tourmente », c’est aussi un adoucissement de ce vocable de « crise » que je ne voulais pas utiliser. Les Tourmentes sont des pièces brèves, qui vont former une série, ou une suite, au sens musical. Elles partent d’une volonté de mettre en scène des corps dans des paysages naturels hostiles, des territoires où les conditions de vie humaine sont très difficiles. Comment représenter aujourd’hui certains milieux naturels au théâtre ?

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